Dimanche midi, chez vos parents. La table est pleine, votre sœur raconte ses vacances, les enfants se disputent le dernier morceau de tarte, tout le monde rit. Vous riez aussi. Et au milieu de ce brouhaha que vous aimez, vous sentez revenir ce petit vide familier, une solitude qui n'a rien à voir avec les gens autour de vous. Elle était déjà là dans la cour de récréation, elle s'invite dans votre couple les soirs où tout va bien, et vous avez fini par croire que c'était simplement votre caractère.
Cette solitude peut avoir mille origines. L'une d'elles, encore peu connue, remonte à avant la naissance : la perte d'un jumeau pendant la grossesse, souvent si tôt que personne ne l'a jamais su.
Le syndrome du jumeau perdu selon les Austermann
Alfred et Bettina Austermann sont deux psychothérapeutes allemands, formés aux constellations familiales auprès de Bert Hellinger. Dans leur livre Le syndrome du jumeau perdu, paru en français aux éditions Le Souffle d'Or, ils partent d'un constat médical : les grossesses commencent plus souvent à deux qu'on ne le croit, et une partie d'entre elles se poursuivent avec un seul embryon. Les échographies précoces le montrent régulièrement, et les médecins parlent alors de jumeau évanescent. Selon les auteurs, cela concernerait environ un embryon sur dix.
Leur hypothèse va plus loin que la statistique. Pour eux, l'enfant qui poursuit seul la grossesse perçoit la présence puis la disparition de l'autre, et en garde une empreinte que la mémoire consciente n'a jamais enregistrée. Devenu adulte, il ne se souvient de rien, mais le corps et les émotions, eux, continuent de chercher celui qui manque.
Les Austermann proposent une clé de lecture, sans prétendre tout expliquer. Elle s'appuie sur les nombreux témoignages recueillis dans leur pratique, auprès de personnes qui avaient souvent tout essayé sans comprendre d'où venait leur sentiment de manque.
Les signes qui peuvent alerter
Parmi les ressentis que les Austermann retrouvent le plus souvent chez les jumeaux survivants :
- Une solitude profonde, présente même en bonne compagnie
- L'impression d'être incomplet, et la recherche d'une « moitié » qui pousse parfois vers des relations très fusionnelles
- Une culpabilité sans objet, comme si le simple fait d'être en vie était un peu de trop
- La peur d'être abandonné, ou au contraire celle de prendre trop de place
- Une difficulté à terminer ce que l'on commence
- Une attirance pour ce qui va par deux, des objets achetés en double à la fascination pour les jumeaux
- Une nostalgie diffuse, sans souvenir précis auquel la rattacher
Pris un par un, ces signes peuvent avoir bien d'autres explications, et beaucoup de gens se reconnaîtront dans l'un ou l'autre sans avoir jamais eu de jumeau. C'est leur accumulation, et surtout cette sensation tenace qu'il manque quelqu'un, qui invite à explorer la piste.
Ce que je retrouve en séance
La gémellité perdue est un thème que je retrouve fréquemment au cabinet, souvent là où on ne l'attendait pas. La personne vient pour une anxiété qui ne la lâche pas ou pour un couple où elle se sent seule malgré l'amour, et en remontant le fil avec le test musculaire, le corps nous ramène vers cette période d'avant la naissance.
Je me garde pour autant d'en faire une explication à tout. Une solitude peut venir d'un parent absent ou d'une place difficile à trouver dans la fratrie, et c'est le corps qui oriente la séance, jamais une théorie que j'aurais en tête en vous accueillant. Quand la gémellité perdue apparaît, elle vient prendre sa place parmi les autres étapes où le blocage s'est construit.
Elle peut d'ailleurs prendre deux formes. Elle est parfois bien réelle, avec un jumeau perdu in utero, que l'échographie ait gardé une trace de cette perte ou non. Elle peut aussi être symbolique : une empreinte transmise dans la lignée, quand un enfant a été perdu une ou deux générations plus tôt, ou une empreinte énergétique que le corps porte sans qu'aucun récit familial ne l'explique. Dans les deux cas, le ressenti est le même, et le travail aussi.
Comment la kinésiologie et les constellations accompagnent cette empreinte
Le test musculaire permet de vérifier avec votre corps si cette piste le concerne, puis de remonter aux moments où le manque s'est installé et renforcé au fil de votre histoire. La kinésiologie ne vous révèle rien que votre corps ignore : elle pointe ces étapes, dans l'ordre où elles se sont construites, pour que vous puissiez enfin les regarder en face.
Quand la gémellité perdue se confirme, la constellation prend souvent le relais. En séance individuelle, je représente les éléments en jeu avec des Playmobils, des coussins ou des objets symboliques, dont l'un figure le jumeau. Le voir enfin posé devant soi, reconnu et nommé, change vraiment tout. La quête inconsciente peut s'apaiser, et la place que l'on n'osait pas occuper redevient disponible pour sa propre vie.
Ce travail se mène aussi en groupe, lors de mes ateliers de constellations, où d'autres participants représentent les membres de votre système.
Si cette solitude d'avant les souvenirs vous parle, je vous reçois au cabinet, au cœur de Rouen.
Pour aller plus loin
- Alfred R. et Bettina Austermann, Le syndrome du jumeau perdu, éditions Le Souffle d'Or : l'ouvrage de référence sur le sujet, nourri de nombreux témoignages.
- Mireille Dürig-Jacquier, Gémellité perdue et gémellité symbolique : pour explorer la gémellité vécue in utero comme sa dimension symbolique.